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L'assistant réalisateur : métronome

 

Il ne faut pas confondre le metteur en scène – ou réalisateur - et le département mise en scène, regroupant les assistants réalisateurs qui œuvrent à ses côtés.

Organisateur et passeur d’informations, le premier assistant réalisateur, ou premier assistant mise en scène, doit coordonner le travail de tous ceux qui l’entourent. Le fondement de sa fonction : être un intermédiaire (entre le réalisateur, les chefs de poste et la production) suffisamment efficace pour décharger le « grand créateur » d’une série de corvées matérielles et psychologiques. Il doit avoir l’œil à tout pour que le réalisateur puisse, lui, garder l’œil rivé sur des considérations artistiques.


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En préparation : le maître du temps

Avec le régisseur général, il est le premier embauché sur un projet par le directeur de production. A moins que ce ne soit le réalisateur lui-même qui l’impose à la production, Tel un fidèle bras droit dont il ne saurait se passer. L’histoire du cinéma est pleine de ces binômes complices. Mais dans le cas où le premier assistant ne connaît pas le réalisateur, son premier travail est de le comprendre : il assiste moins un projet qu’un individu, dont il doit saisir l’univers, l’esprit, les intentions.

La préparation est pour lui une affaire d’organisation, tendue vers un seul objectif : "le Graal du premier assistant, illustre Gontran Froehly, assistant réalisateur, c’est le plan de travail. Toute la préparation sert à intégrer les données qui aideront à le construire".
Il commence par des lectures du scénario, attentives et répétées, lui permettant d’extraire les informations utiles au dépouillement. Cette étape essentielle pourrait être définie comme la traduction en données techniques de ce qui demeurait littéraire dans le scénario : personnages, décors, accessoires,… tout est répertorié et classé en rubriques qui donnent lieu à de multiples listes comme la liste de séquences par décor. L’important pour lui est de clarifier au maximum les besoins du futur tournage.

En collaboration avec la scripte, il élabore aussi la continuité, fil d’Ariane du récit que chaque département, le HMC surtout, adaptera à ses propres exigences.
Mais il ne peut se contenter d’établir le plan de travail avec ces informations éparses. Il lui manque en effet deux indications fondamentales : où tournera-t-on ? Avec qui ? De la disponibilité des comédiens et des décors découlera  l’emploi du temps de toute l’équipe. Le plan de travail ne peut donc se concrétiser tant que les repérages et castings ne sont pas lancés.

Les repérages peuvent être effectués par un repéreur, mais il incombe parfois au premier assistant de trouver les lieux de décors. Quant aux castings, les rôles principaux sont la plupart du temps déjà attribués par le réalisateur. Le nom des comédiens pressentis représente d’ailleurs un coup de pouce non négligeable pour le financement du film. Pour le reste des personnages, deux solutions existent. Soit la production fait appel à un directeur de casting, familier des planches de toutes sortes, qui dénichera les seconds et petits rôles ; soit le premier assistant s’en charge. Mais quelle que soit la configuration, c’est à lui d’aiguiller l’avancement de ces deux chantiers et de mettre en relation les uns avec les autres. A lui aussi de jongler entre décors et acteurs : pour que son plan de travail soit opérant, il doit faire en sorte que Tel lieu puisse accueillir Tels comédiens à Telle date. Le planning des comédiens, parallèlement occupés au théâtre ou sur d’autres tournages, est loin de lui faciliter la tâche.

Le premier assistant dispose maintenant de tous les éléments et peut se lancer dans le grand remue-méninge du plan de travail. "Savoir le préparer, c’est vraiment la base du métier, souligne Gontran Froehly. Cela demande bien sûr d’être rigoureux mais aussi d’avoir une très bonne connaissance de tous les postes, pour prévoir les temps de préparation et les contraintes propres à chaque technicien. Il faut même maîtriser le droit du travail pour établir des plages horaires qui respectent la règlementation ! La clé, c’est l’expérience. Il faut sentir ce qu’est un tournage pour l’aménager correctement. D’où aussi l’intérêt de toujours travailler avec les mêmes réalisateurs : il est plus facile d’imaginer l’organisation d’une journée quand tu connais l’autre et  sa manière de travailler".

Inutile de préciser qu’un mauvais plan de travail entraînera des pertes de temps et d’argent. Si la qualité de la préparation concerne tous les chefs de poste, elle est des plus cruciales pour le premier assistant : la moindre erreur portera à conséquence sur l’équipe entière. Il doit donc tout faire pour minimiser la part du hasard. Seule la météo, sa hantise, lui rappelle qu’il ne peut pas tout maîtriser. "C’est pourquoi on essaye autant que possible de commencer le tournage en extérieur pour pouvoir rattraper le coup en cas de problème, ce qui signifie aussi prévoir dès le départ des plans de rechange", poursuit notre premier assistant.

Dans l’idéal, le plan de travail doit être prêt un mois environ avant le début du tournage. Mais il ne cessera d’être remanié et affiné au jour le jour jusqu’à la fin du tournage.

Parallèlement au planning du tournage, le premier assistant doit aussi gérer celui du réalisateur : c’est à lui d’organiser les rencontres avec les comédiens engagés, les visites des décors, les réunions techniques, … bref, tous les échanges que doit avoir le metteur en scène pour matérialiser son projet.

Vient enfin le pot de début de tournage, qui signe la fin de la préparation. Le premier assistant en profite pour entrer dans son rôle de passeur d’informations, qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin de l’aventure. Il commence ainsi à diffuser tous les renseignements relatifs à l’organisation du tournage, via la feuille de service notamment, et vérifie que chacun est au point. Si les techniciens comparent souvent un tournage à une colonie de vacances, c’est au premier assistant de s’assurer qu’il ne manque rien dans les valises avant le grand départ.

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Sur le plateau : articuler en rythme

Sa présence sur le plateau est la preuve de la complexité d’un tournage : quelqu’un doit orchestrer cet ensemble nébuleux.

Sa mission principale est de faire respecter le plan de travail pour lequel il s’est arraché tant de cheveux. "Après la planification, le tournage est le moment de devenir un métronome, indique Gontran Froehly. Il faut veiller à ce que tout soit fait dans les délais, que tout le monde arrive au bon moment, se prépare dans les temps. L’idée, c’est vraiment d’être le gardien du rythme de travail". S’il lui est difficile de faire gagner du temps à l’équipe, il doit à tout prix éviter d’en perdre. Comment ? Grâce à l’anticipation. Dans sa tête, le premier assistant a toujours quelques plans d’avance.

Plus largement, avec ses deuxième et troisième assistants, il est l’organisateur de chaque journée. Le matin, ils guident et supervisent les techniciens qui arrivent. Pendant les mises en place et installations du premier plan, ils sont tout ouïe pour prévoir la suite des évènements. Ils accueillent les comédiens, veillent à ce qu’ils soient habillés et maquillés dans leur ordre d’intervention, vérifient qu’ils aient leur texte et les font appeler lorsque le plateau est prêt. Le premier assistant informe aussi chaque département des problèmes qui les concernent et gère la circulation des différents techniciens pour éviter qu’ils ne se marchent dessus sur le plateau, qui peut parfois être très exigu. Médiateur entre le régisseur général, le directeur de production, le chef opérateur et le réalisateur, il manage l'accessoiriste. Il est aussi celui qui demande le « silence ! » avant chaque prise.

En un mot, il est le chorégraphe réglant l’étrange ballet du tournage."Ce rôle de "timer" est loin d’être évident, parce qu’il ne se limite pas à la notion de temps, nuance notre assistant. Il faut sentir le bon moment pour motiver les troupes en mettant un peu d’ambiance, ou celui au contraire de se "fâcher" pour accélérer le mouvement. D’autant plus que tout ne dépend pas de nous. C’est le réalisateur, par sa finesse, son charisme,  qui hâte ou ralentit le rythme et donne à l’équipe l’envie de le suivre."

Le premier assistant doit être polyvalent. D’abord parce que la direction des figurants lui revient. On parle alors de chef de file. Il doit  faire venir les figurants, les briefer, les placer et les diriger pendant les prises. Ce qui signifie connaître le cadre, la focale et la profondeur de champ, pour maîtriser la précision de ces mouvements de fond.

Ensuite  parce que l’autre facette de son travail est profondément relationnelle. "Nous veillons à ce que tout le monde se sente le mieux possible, souligne Gontran Froehly, en particulier sur les courts-métrages. La base, c’est que l’équipe mange et dorme bien. Et travailler dans le respect de chacun. La gestion des comédiens est une autre partie de notre rôle, et non la moindre !"  Psychologie et diplomatie sont ses meilleures alliées pour régir les égos et doléances de chacun. Car c’est vers lui qu’on va se tourner dès qu’un problème survient. D’autant plus que le premier assistant doit éviter au réalisateur le moindre sentiment de doute ou d’insécurité quant à l’œuvre en construction. Mais cette relation particulière avec le metteur en scène, auprès duquel il se tient toujours, lui demande d’éviter un autre écueil : passer du rôle de superviseur à celui de contremaître vis-à-vis du reste de l’équipe. Au contraire, son statut de "tampon" entre tous les protagonistes du tournage doit être pour lui une manière de "toujours avoir un œil ouvert pour tenter de rendre le film meilleur".

Heureusement, le premier assistant, comme l’indique son rang, n’est pas le seul à soutenir le réalisateur. Il est secondé par un deuxième et un troisième assistant, celui-ci étant souvent un stagiaire. Tandis que le premier assistant dirige les équipes sur le plateau, le deuxième prépare les journées à venir en rédigeant l’incontournable feuille de service. Le premier assistant la corrigera dès qu’il aura un moment de libre – pendant la pause-déjeuner le plus souvent- et la distribuera à toute l’équipe après avoir annoncé la fin de journée. Quant au troisième assistant, il fait le lien avec les comédiens hors plateau, et se doit d’être aux petits soins pour eux.

Un trio qui n’a plus de rôle à tenir dès que le tournage s’achève.

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Au quotidien : mémoire tampon

Toujours sous tension, les assistants, et le premier plus que les autres, ne doivent pourtant pas perdre le nord.  "Si la scripte est responsable de la mémoire à long terme du tournage, commente Gontran Froehly, le premier assistant en est plutôt la mémoire vive, celui qui répond aux demandes de l’instant." Organisé, endurant et diplomate, l’assistant réalisateur doit en quelque sorte être réglé comme un papier à musique qui adoucirait les mœurs. "L’assistant, c’est de l’huile dans les rouages. Il ne s’arrête pas de penser, toujours tendu vers le lendemain. Il n’arrête surtout pas d’être attentif aux autres, … un Saint Bernard !" s’amuse-t-il.

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Portrait

 
 
© Droits réservésGontran Froehly a débuté sa carrière comme assistant de Philippe Avril. Passé 1er assistant réalisateur, il a orchestré de nombreux courts et moyens métrages (La Confiance de Franck Vialle en 2011). Depuis 2008, il sillonne également sa région sous la casquette de repéreur. Il a déniché, entre autres, les décors des Invincibles 1 et 2 (2008 et 2009), de Xanadu (2010) et Tous les soleils (2010).