T. Bidegain et N. Debré - IGBMC © V. Muller
 
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Les électriciens : que la lumière soit

 

Ne vous fiez pas au terme d’électricien car au cinéma les "électros", comme on les appelle, n’en sont pas vraiment. Bien sûr, ils sont responsables des installations électriques sur un plateau. Bien sûr, ils se doivent de posséder des notions électriques de répartition, de courant et de puissance. Mais le cœur de leur métier est ailleurs.

Les électros sont les garants de la lumière, matière riche qu’il faut savoir aborder avec une certaine sensibilité artistique. Sur un tournage, tout est faux, tout est à concevoir, à commencer par la lumière : elle se créé plus qu’elle ne s’installe. Les électros doivent donc être capables de réinventer le soleil ou les lueurs d’une ville la nuit. 


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En préparation : mettre en lumière les besoins techniques

Lors de la préparation, le rôle principal de l’équipe lumière revient au chef électricien. Travaillant sous le joug du chef opérateur, le vrai "patron" des électros, il a pour mission de réaliser techniquement l’éclairage désiré par le réalisateur.  En relation avec le "chef op" et le directeur de production, il commence par un travail de repérage. D’abord sur les lieux proposés par la régie, ensuite sur les décors choisis. Il doit alors confronter les désirs du chef opérateur avec la réalité du terrain pour répondre à des problématiques diverses :
  • quels seront les axes d’éclairage ?
  • comment installer la lumière ?
  • quels branchements et quelles puissances seront nécessaires ?
  • de quel matériel a-t-on besoin pour rendre possible ces installations ?
  • le budget permet-il d’acquérir ce matériel ?
  • si cette solution est trop coûteuse, quelles autres solutions peuvent répondre aux désirs du chef opérateur ?
© Benoit Linder"Il faut souvent, par exemple, faire venir une compagnie d’électricité pour poser un branchement forain sans lequel l’équipe n’aurait pas une puissance électrique suffisante.  Ou encore prévoir une nacelle ou des tours pour tourner dans une église où la lumière pénétrera par des vitraux s’élevant à 6 mètres du sol", indique Benoît Bretagne, électricien. Chaque nouveau décor demande à renouveler les solutions d’installation.

Une fois ses besoins matériels déterminés et, c’est le plus important, validés par le directeur de production, le chef électro en fait la demande auprès de la régie qui s’occupera de leur acquisition. Dans le cas où l’accrochage des projecteurs requiert des supports et installations spécifiques, c’est vers la machinerie que se tourne le chef électricien.

Sa première mission est donc d’éclairer les configurations et installations futures à la lumière de l’anticipation. Tout repose sur lui car ce n’est que quelques jours avant le début du tournage que le reste de l’équipe entre en action : les électriciens récupèrent le matériel et le vérifient avant d’être pris en main par leur chef. Ils réfléchissent alors à la manière d’opérer sur le tournage selon les installations et le plan de travail.

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Sur le plateau : chassé-croisé

Le quotidien sur le tournage varie selon les décors, les volumes à éclairer et les manières de travailler du chef opérateur. L’équipe lumière arrive au petit matin, après la régie et souvent en même temps que la machinerie. La journée commence par un briefing avec le chef électro, pour l’heure chef d’orchestre qui coordonne ses électriciens et leur indique par quels séquences et plans le travail va débuter.
Il faut alors "tirer des lignes" (rallonges) et acheminer le "jus" (courant), décharger et installer les gamelles (projecteurs) pour être prêt à l’heure du PAT, quelle que soit la complexité des installations.
Sur la plupart des tournages, un des électriciens est le référent camion –dit aussi camtare- et il n’est pas de trop pour orchestrer les rangements et les déchargements, car le poids lourd contient la totalité du matériel utile au tournage.

© Benoit LinderSi la mise en place des éclairages occupe une grande partie de leur temps, les électros ne sont "pas que des visseuses d’ampoules !", comme le dit en riant Benoît Bretagne, chef électricien
La pose des projecteurs, qui donnent les directions d’éclairage, est donc suivie par le travail de la matière.

Pour façonner la lumière prime le choix du projecteur parmi les nombreux types existants. Le jeu sur la correction colorimétrique fait le reste, grâce aux gélat’ –comprendre gélatine. Grâce à ces sortes de calques fixés sur les « projos » par des pinces à linge en bois (qu’ils portent en guirlande à la ceinture), les électros modulent et corrigent les températures de couleur, c’est-à-dire les teintes. Ils peuvent ainsi produire le reflet lumineux d’une télévision ou un éclairage public blafard. "A l’inverse, des journées très ensoleillées, demandent à enlever de la lumière pour qu’elle soit techniquement admissible par la caméra. Nous utilisons de grands cadres de toiles et des réflecteurs qui permettent d’équilibrer la lumière naturelle pour atténuer des contrastes trop marqués. A moins que ces contrastes soient un parti pris artistique", nuance notre électro. "Le soleil est en tout cas un souci majeur pour nous : il n’est jamais à la même place et rarement fidèle au rendez-vous !." 

La mise en place du premier décor sonne le départ d’une véritable course de relais : le chef électro, "à la face", s’occupe des éventuels ajustements, un des électriciens reste à proximité du stock et du plateau, tandis qu’un troisième part déjà préparer la lumière du décor suivant. Une fois la séquence du premier décor terminée, l’équipe bascule sur le nouveau plateau où l’attend le troisième éléctro pour les finitions. "Moteur…ça tourne !" et le voilà déjà parti démonter l’installation précédente que le reste de l’équipe vient juste de quitter.

Au fil des ces journées où chaque minute compte, l’équipe lumière anticipe chaque séquence à venir, jusqu’au rangement final du soir.

La période de tournage se clôt, pour les électros comme pour les autres, par les rendus. On ramène le matériel au loueur, et au chef sa bijoute s’il en possède une. Mais avant, une dernière étape les attend : vérifier le contenu du camion, pièce par pièce.

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Au quotidien : gants de fer et mains de velours

"C’est un métier très physique" pointe Benoît. "Le paradoxe c’est qu’il faut être en même temps très précautionneux". A manipuler sans cesse un matériel lourd et fragile, la casse est pourtant inévitable, au grand dam du directeur de production.

Précautionneux, les électros doivent aussi l’être pour travailler en harmonie avec les autres équipes. Stocker son imposant matériel sans gêner la décoration, par exemple. Mais c’est avec l'équipe son qu’ils entretiennent les relations les plus délicates : les uns ont un équipement bruyant, les autres des perches créant des ombres. Il va sans dire que de bonnes relations humaines sont ici primordiales : "il faut travailler dans l’échange, saisir les problématiques des autres.  C’est ce que j’adore sur un tournage : le travail d’équipe, où tout le monde regarde dans la même direction, mais sans œillères".

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Portrait

 
 
© Droits réservésBenoît Bretagne, après un BTS en audiovisuel, a commencé comme électricien sur des courts-métrages et des clips avant de changer de cap en travaillant plusieurs années comme cadreur. Il est revenu depuis 2008 à son poste d’origine, qu’il exerce pour des productions publicitaires, institutionnelles et de fiction pour le cinéma et la télévision. Il a notamment participé aux séries Les Invincibles (2008 et 2009) et Xanadu (2010).