T. Bidegain et N. Debré - IGBMC © V. Muller
 
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Costumière et habilleuse : l’habit fait le moine

 

Costumière et habilleuse sont deux professions différentes. L’une va concevoir le costume, l’autre veiller sur lui pendant le tournage. Il n’en demeure pas moins que toutes deux servent un même but : faire exister un personnage par l’apparence.


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En préparation : de quelle étoffe sera fait le héros ?

La préparation, un à deux mois avant le début du tournage, relève de la costumière. Comme pour les autres postes, son travail commence par une lecture attentive du scénario et par un dépouillement spécifique  dont l’habilleuse se servira pour contrôler les raccords. "Le dépouillement est essentiel, souligne Dinelle Mackowiak, habilleuse. Pour les raccords bien entendu, mais aussi pour une foule de petits détails, comme prévoir un double de la chemise parce que la scène veut que le comédien tombe à l’eau, ou quatre pantalons pour anticiper sur une cascade."

La costumière n’est pas une créatrice de mode mais celle qui habille des caractères et fait transparaître à l’image une part de l’âme du personnage. C’est par la collaboration avec le réalisateur qu’elle travaille cette "psychologie du costume". Ensemble, ils décident du stylisme, des détails significatifs et de tout ce qui mettra en lumière le personnage dans l’acteur.

Son travail peut être très différent selon le genre du film.  Un film d’époque demandera des recherches documentaires et iconographiques, mais aussi des recherches de fournisseurs spécialisés et de longues heures "aux puces" pour trouver un tissu ou un accessoire d’antan. Un film de science-fiction ou d’anticipation nécessitera davantage de créations originales, aux formes et aux matières improbables. Mais la majorité des projets se veut contemporaine. La recherche et l’imagination y sont limitées par le souci du réel, sauf exception. Il faut alors mettre de côté l’image de la costumière affairée dans son atelier, modelant des plis sur un mannequin de couture, un porte épingle hirsute au bras. Aujourd’hui, elle  va surtout "faire son shopping" : dans les magasins, elle achète ou emprunte de vrais vêtements, pensés pour tout un chacun et non pour un personnage. Son rôle est alors de créer une identité à partir de cette matière commune.

En plus du metteur en scène, il est important que la costumière s’enquière du travail de l’équipe décoration. Peinture, tapisserie et vêtements doivent être conçus comme un ensemble signifiant. De même, l’échange avec le chef opérateur permettra à la costumière de choisir des matières qui ne seront ni trop brillantes, ni trop opaques, ni trop sombres en regard de la lumière prévue.

La voilà suffisamment armée pour sa quête vestimentaire. Revenue les bras chargés de paquets, elle soumet au réalisateur ses idées et propositions. Vient ensuite pour les comédiens l’heure des essayages, puis des retouches, qui ne sont pas forcément réalisées par la costumière elle-même, manque de temps oblige. Les costumes prêts, la costumière les protège en les plaçant sous housse. C’est maintenant à l’habilleuse de prendre le relais sur le tournage.

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Sur le plateau : en découdre avec les détails

© Benoit LanderoinSelon l’ampleur de la production, l’habilleuse peut avoir une ou plusieurs assistantes, mais la tendance est au rétrécissement des équipes et elle est souvent seule sur le plateau. La costumière, traditionnellement présente lors du tournage, tend elle aussi à disparaître du plateau, ses doigts de fées revenant trop cher.

L’habilleuse arrive tôt le matin. Entre le déchargement du camion costumes, l’installation de  la garde-robe et le repassage des tenues du jour, elle ne manque pas d’occupations. Elle répartit ensuite les vêtements selon l’ordre des séquences à tourner dans la journée et prépare les changements de costumes, qui devront être effectués au plus vite entre deux séquences. "Il y a les tenues des personnages, mais il y a aussi les acteurs, rappelle Dinelle Mackowiak. L’habilleuse doit donc anticiper tout ce dont ils ont besoin entre deux prises. Pour un tournage d’extérieur en hiver, par exemple, nous devons prévoir des sous-vêtements chauds, des chaufferettes, des doudounes, etc."

L’habillage des comédiens, des premiers rôles à la figuration, peut commencer. "L’ordre de passage entre le maquillage/coiffure et l’habillage ne suit pas de règles strictes, précise Dinelle. Il s’établit soit en fonction de l’humeur des acteurs, soit en fonction du travail à réaliser. Pour une coiffure en pièce-montée, mieux vaut d’abord enfiler son costume, alors qu’une robe à crinolines ne sera mise qu’en dernier." La complexité d’un costume exige d’ailleurs, parfois, que le comédien ne l’ôte pas, même pendant la pause-déjeuner. "Nous leur mettons des protections, pour que les vêtements ne soient pas tachés, mais certains préfèrent manger dans leur loge plutôt que de se montrer en costume avec bavette !" s’amuse notre habilleuse.

Les comédiens vêtus, l’habilleuse les suit sur le plateau où elle ne les quittera plus des yeux de la journée. D’abord parce qu’elle est aux petits soins pour eux et précède leurs besoins : elle les couvre et les découvre entre les prises pour qu’ils n’aient ni trop chaud ni trop froid et leur assure un confort maximal, notamment pendant les répétitions, qui se font en costumes, mais aussi en vestes et commodités. "Si les chaussures de jeu leur font mal, poursuit-elle, ils répètent avec des chaussures plus pratiques. Ils ne jouent en tenue réelle qu’au moment de la prise. Je dois donc guetter le moment où l’on va tourner pour réajuster la tenue et les débarrasser des vêtements de coulisses." L’habilleuse guette aussi le combo pour connaître les angles de prise de vue et savoir ce qui se verra le plus. Inutile en effet d’harceler une comédienne pour qu’elle porte ses chaussures douloureuses si elles n’apparaissent pas à l’image. Reste à savoir combien de scènes mythiques ont été tournées en pantoufles…

Son talent d’observatrice, l’habilleuse doit surtout l’appliquer aux raccords. Il ne s’agit pas pour elle d’une simple vérification des détails : les raccords costumes impliquent d’entretenir les vêtements d’une scène à l’autre, de récupérer minutieusement chaque costume après les prises, de le rendre à l’acteur, pour la prise suivante, dans le respect de la continuité et bien sûr de veiller à ce que les vêtements soient portés de la même manière d’une prise à l’autre.

© David FreringLes raccords représentent donc la majeure partie de son travail, ce qui l’amène à côtoyer la scripte plus que tout autre. Comme elle, l’habilleuse photographie les comédiens dans leur tenue exacte et note la marque des vêtements, leurs couleurs, leurs matières. "Aux photos, je préfère les croquis, nuance Dinelle Mackowiak, mais la photo reste incontournable dans certains cas. Prenons l’exemple d’une scène de bagarre où une chemise est tachée de sang. Je dois être capable de refaire exactement la même tache, même si la chemise a été lavée entre-temps".

L’habilleuse est aussi amenée, dans une moindre mesure, à travailler avec l'accéssoiriste, avec qui elle partage la responsabilité des ustensiles. Si les bijoux, chapeaux, gants, ceintures ou sacs à main sont partie intégrante du costume, les besaces pour hommes, sacs de sport ou parapluie sont du ressort de l’accessoiriste. "On considère que ce qui est en tissu concerne le costume et ce qui est dans les poches relève de l’accessoiriste. Alors pour les mouchoirs en tissu, c’est toujours problématique ! On peut en avoir en double, ou pas du tout…" sourit-elle.

A la fin d’une journée de tournage, l’habilleuse a encore du travail. Elle doit laver, rafraîchir, tacher, détacher, recoudre, pour préparer les vêtements à une nouvelle journée sous le feu des projecteurs. Les costumes n’échappent d’ailleurs pas à la loi du bidouillage qui sévit sur tout plateau : "pour les uniformes de policiers ou gendarmes, nous avons rarement assez d’écussons. On se renseigne donc sur les axes de prise de vue pour les coudre chaque jour  du bon côté. On peut aussi, par exemple, être lâché à la dernière minute par un fournisseur. Il faut alors fabriquer en urgence et de toutes pièces des chemises de scouts, les teindre pour obtenir la couleur exacte et même repasser au feutre les coutures restées blanches !"

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Au quotidien : sous toutes les coutures

Si le travail de la costumière demande une maîtrise parfaite des aiguilles et du shopping, celui d’habilleuse requiert d’autres qualités. Observation et réactivité sont ses meilleures alliées pour maîtriser les raccords… et les comédiens ! Car l’habilleuse est proche d’eux, dans l’intimité particulière du corps. Elle a l’occasion, sans doute enviée par beaucoup, de côtoyer les stars brutes de décoffrage, au petit matin. "Il faut reconnaître qu’on joue quelques fois un rôle de décompresseur, ce qui amène le réalisateur à venir nous trouver pour savoir quelle sera l’humeur du jour. C’est une place plus ou moins agréable selon les personnalités, mais ceci est valable pour tout un chacun dans l’équipe", conclut Dinelle avec le sourire.

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Portrait

 
 
© Droits réservésDinelle Mackowiak a commencé sa carrière comme enseignante. Elle est en entrée dans l’audiovisuel par hasard, comme stagiaire  habilleuse. Depuis, elle n’a cessé de vêtir des comédiens, sur des séries (Xanadu, Les Invincibles), des téléfilms (Le temps de la désobéissance, Le 7ème juré) ou encore des longs-métrages comme Belle du Seigneur, Double zéro ou plus récemment Sherlock Holmes 2.